GUATEMALA ... un dieu coureur de jupons.
Le Guatemala est un pays de caractère, comme son café exporté dans le monde entier. Les volcans et leur silhouette conique dominent une partie du territoire tandis que les jungles mystérieuses et peuplées d'animaux sauvages s'imposent dans l'autre. C'est aussi un pays de croyances, de dévotions et de spiritisme. C'est un mélange tonique entre la culture maya, omniprésente dans les hautes terres, et le catholicisme dans sa plus pure tradition.
Parmi ces traditions, le culte de Maximon est l'une des plus énigmatiques. Mi-dieu, mi-démon, Maximon est une curieuse statue de bois flanquée d'un chapeau de conquistador. Il aime fumer et boire de l'alcool fort. Ses pouvoirs sont ambigus : il guérit et protége mais il peut aussi être pervers ou coureur de jupons ...
Le vrai nom de Maximon est Ajq'ij, Audelino Aq'ab'al, el Gran Abuelo (le grand-père / le grand ancêtre).
Dans le Popul Wuj, la "Bible des Mayas", il est le Rijlaj Mam qui est relié au mythe de la création de l'univers. Selon la tradition, il est le premier Ajq'ij (ancêtre), le premier informé de l'essence des choses et du temps. Il est le dépositaire, l'observateur et le comptable du temps, du visible et de l'invisible. Il est l'intermédiaire entre les hommes et les dieux, grâce à ses facultés de connaître le passé, le présent et l'avenir ainsi que grâce à ses connaissances de la cosmovision, de la spiritualité, de la culture et des énergies qui régissent les êtres vivants, la terre et tout l'univers.
Aujourd'hui, Maximon est encore très vénéré. Ce culte est surtout pratiqué dans les villages autour du lac Atitlan. Sa demeure change chaque année. Pour celui qui abrite la statue sacrée, c'est l'aubaine : elle lui apportera en retour succès, fortune et protection.
Tout le monde peut aller le trouver. On lui rend visite comme on rend visite à un grand-père ... à un patriarche qui a du caractère ... à la fois sage, capricieux, avec quelques excentricités et un language incisif. On va le trouver pour lui parler et lui demander des faveurs ou des conseils. On attend ensuite, avec une légère angoisse, une réponse parfois difficile à entendre.
Il est bon de lui apporter ce qu'il apprécie, surtout des cigarettes et de l'alcool fort. Il vaut mieux se concilier ses bons auspices plutôt que ses foudres. Ses réactions dépendent en effet des offrandes et de la dévotion de ses nombreux fidèles qui viennent lui rendre visite chaque jour.
En tant que personne intermédiaire entre les hommes et les dieux, il est aussi associer à Jésus, notamment lors du Vendredi Saint où, dans le village de Santiago de Atitlan, il sort de sa maison pour participer aux processions et rejoindre le Christ. Les évangélistes ont bien essayé de réduire Maximon au silence en le désignant comme le "Judas" mais rien n'y a fait. Ce culte est toujours bien vivant et continue à tenir sa place à côté de la religion catholique.
François
Juillet 2011