Remarques pour les Voyages Terres Sacrées en rapport avec certains aspects sociaux en Inde :
Lors du voyage en Inde du Sud, nous rencontrerons les responsables d'une ONG indienne et nous auront l'occasion de constater le travail réalisé sur place.
Cette ONG (Organisation Non Gouvernementale) a pour objectif de remettre les enfants à l'école.
En effet, dans la région de Kanchipuram, ultra réputée pour la qualité de sa production des saris, les enfants sont employés pour travailler en dessous des métiers à tisser. Ils ne vont donc pas à l'école. Ce n'est pas nécessairement le choix des parents mais bien une nécessité pour combler les besoins financiers de la famille.
Pour résoudre ce problème, l'ONG a décidé de remonter en amont du problème et de travailler avec les femmes. Vu les traditions en rapport avec le rôle des femmes, et pour ne pas engendrer des problèmes comme décrits dans l'article ci-dessous, l'ONG propose aux femmes de s'associer pour créer des micro-entreprises. Elle les aide également en leur donnant la possibilité d'accès à des micro-crédits. Comme les femmes s'organisent en petit groupe, elles peuvent se répartir le travail et en même temps, continuer à réaliser les tâches familiales qui sont traditionnellement de leur ressort. Ces micro-entreprises permettent ensuite d'engendrer de nouveaux petits revenus supplémentaires pour chaque famille, pour compenser la perte du salaire de l'enfant. L'enfant peut donc aller à l'école sans que cela pose un problème pour les finances de la famille. Cependant, comme les enfants ont été non-scolarisés pendant plusieurs années, l'ONG a créé des écoles spécifiques pour que ces enfants puissent se remettre "à niveau" et pour qu'ils puissent ensuite rejoindre le réseau scolaire normal.
Notre visite auprès de cette ONG, non seulement nous donnera un aperçu des techniques de fabrication des saris (vêtement ayant une très grande importance dans la culture indienne) mais nous donnera aussi la possibilité d'approcher ces particularités sociales de l'Inde. Et pour couronner le tout, notre visite soutiendra également cette ONG pour qu'elle puisse continuer son travail.
Article de presse :
L'indépendance de Madame inquiète
Monsieur
L'engagement professionnel des femmes et leur prise de distance vis-à-vis des traditions provoquent un malaise. Les hommes ont du mal à accepter la situation et n'hésitent plus à consulter des spécialiste du couple.
En ce samedi soir, trois jeunes femmes sont attablées dans un bar branché de Khan Market à New Dehli. Leurs éclats de rire, les deux bouteilles de bière, le verre de vodka et le paquet de cigarettes qui trône sur la table ne manquent pas d'attirer l'attention de la gent masculine.
L'une d'entre elles, R., avocate, vient tout juste de rompre ses fiançailles. "Je ne veux pas que tu travailles après notre mariage", lui a déclaré son ex-futur époux, avant de lui asséner : "Sinon, comment saurais-je avec qui tu couches ?".
R. n'est pas la seule à rencontrer des hommes de plus en plus perturbés par une société indienne en pleine mutation. Les opportunités professionnelles et financières qui s'offrent aux femmes indiennes du XXIe siècle bouleversent les mentalités comme jamais auparavant. Face à cette progression de l'égalité des sexes, l'homme se sent menacé.
Entre les non-dits, les angoisses personnelles et leur sentiment d'insécurité, certains hommes se prennent soudain à renouer avec une approche patriarcale en totale opposition avec leur caractère et leur mode de vie.
Alors que la plupart des hommes encouragent leur épouse à travailler et à être indépendante, bon nombre craignent également les possibles conséquences d'une telle liberté, ce qui jette le trouble dans les relations. "Quand j'ai ouvert mon cabinet, il y a environ vingt-cinq ans, les hommes auraient préféré se pendre plutôt que de mettre les pieds dans mon bureau. Aujourd'hui, dans au moins trois ou quatre cas sur dix, c'est le mari qui est à l'origine de la prise de rendez-vous", explique Vijav Nagaswami, premier conseiller conjugal et psychiatre de la ville de Madras.
Les maris et les petits amis évoquent le sentiment de jalousie, se plaignent d'un manque de communication avec leur femme ou leur compagne, et décrivent des partenaires exigeantes, qui refusent de s'engager. Ces sentiments sont souvent à l'origine des réactions extrêmes et violentes. Car, en définitive, il s'agit d'une profonde remise en question de la domination masculine.
Mais retournons à nos jeunes femmes du bar de Khan Market pour écouter leur version des faits. Une amie de R., journaliste - que nous appellerons K., vit un véritable enfer. Après avoir fréquenté pendant quatre ans son petit ami et collègue journaliste, elle a finalement décider de l'épouser. Ce n'est toutefois qu'après leur mariage que son mari lui a lancé au visage : "Pourquoi passes-tu tant de temps à discuter avec tes collègues masculins ?". Face à ses angoisses, L. a finalement décidé qu'il valait mieux qu'ils ne travaillent pas dans la même entreprise. Elle s'est donc trouvé un autre job, mais les choses n'ont fait qu'empirer. Son mari l'appelait sans arrêt au téléphone. Elle a préféré démissionner au bout d'un mois pour se mettre à son compte. Son mari les a même fait déménager du quartier où ils vivaient avec d'autres journalistes afin de la couper de ses amis. Le couple suit actuellement une thérapie. "Il est difficile de pouvoir se fier à une femme qui travaille. Sa carrière ne progressera pas à moins qu'elle ne cède aux avances de son patron", a d'ailleurs expliqué son mari lors d'une session.
L'angoisse provoque une baisse d'activité sexuelle
"(Ces hommes) ont grandi en observant le comportement de leurs mères et de leurs grand-mères. Aussi surprenant que cela puisse paraître, bon nombre d'entre eux ne connaissent tout simplement pas d'autre modèle", note Jyotsna Swaroop, psychiatre à Dehli. Autre conséquence, de plus en plus d'hommes se sentent atteints dans leur virilité, même si la plupart sont plutôt réticents à aborder le sujet. La libération sexuelle des femmes tend à créer des complexes chez leurs partenaires. "Faire l'amour après une journée de douze heures n'est pas chose aisée. Si, en plus, l'homme a l'esprit rongé d'angoisse, ça ne peut rien arranger. Contrairement à la femme, il ne peut pas faire semblant. Alors, il s'abstient", explique Vijav Nagaswami. A en croire Rathna Isaac, psychologue à Bangalore, la baisse d'activité sexuelle réduit également le besoin des hommes envers leur partenaire, ce qui peut pousser le couple à l'infidélité. Les hommes surveillent alors de plus en plus étroitement les faits et gestes de leur femme. Celles-ci doivent également de se comporter comme la belle-fille idéale dans la famille du mari. Se tourner vers un système connu - en l'occurrence, la tradition - est bien souvent une conséquence des angoisses rencontrées par l'homme et non le reflet de véritables convictions, ajoutent les psychiatres. Dans un article intitulé "Weaker SEx" publié par le quotidien The Hindu, Vijav Nagaswami a écrit que, "du point de vue masculin, il semblerait qu'être une femme soit une activité en soi. C'est pourquoi les hommes se sentent menacés par la libération des femmes. Non par parce que les femmes envahissent leur sphère mais parce qu'eux ne peuvent jamais totalement envahir la leur. Résultat, l'homme redouble d'agressivité, ce qui l'isole encore plus". Tandis que la "femme masculine" est devenue une figure de plus en plus acceptée dans la société, "l'homme féminin" reste un objet de dérision, ajoute-t-il.
A Khan Market, il est bientôt 23 heures. R. parle d'un livre écrit par la chroniqueuse américaine Kathleen Parker. Cet ouvrage plaide avec humour pour "le sauvetage du prétendu sexe fort face à des signes de déclin culturel". La plupart des femmes balaieraient d'un revers de la main l'idée que le boulversement de la répartition des rôles entre les deux sexes puisse constituer une menace existencielle pour le genre masculin. L'homme, toutefois, se sent menacé dans son identité de chef. Pour reprendre la formule d'un spécialiste, les couples modernes traversent une "crise d'hégémonie". C'est ce que les hommes commencent tout juste à comprendre.
Pallavi Polanki, OPEN, New Dehli - traduit en français et publié dans le Courrier International du 17 au 31 décembre 2009